Promenade artistique avec Denis Courard (partie 2/4)

DANSE MACABRE 98

Pouvez-vous nous décrire les différentes étapes d’une réalisation de vos œuvres ?

D’abord vient l’idée. Je ne commence pas à dessiner sans une idée précise. Elle peut sembler venir spontanément, en réalité il y a beaucoup de travail en amont pour permettre les conditions de son éclosion. C’est une récolte incessante de mots, d’images, de sons, de musiques, de sensations, de parfums et d’odeurs même ; une sorte de collection de matières premières qui, le moment venu, s’assembleront de manière souvent improbable pour devenir une idée.

L’image peut s’imposer en premier, il est alors question de la compléter, l’amplifier, l’éclairer, la contredire ou la dévier par le titre. En évitant à tout prix de la répéter. Mais ça peut être le contraire, c’est souvent une phrase, un mot, une expression qui amorce le processus.

Alors l’image prend forme dans mon esprit et à ce moment seulement j’arrache une page de plus à une bible du 19e siècle.

J’aime l’encre de chine pour l’élégance de son noir, son opacité, sa profondeur. Elle est la force du dessin, sa part d’ombre.

Toutes les autres techniques ont alors droit d’asile sur la page en contrepoint : il arrive fréquemment que mon café du matin vienne compléter les nuances sépia du papier ancien.

Au fil du temps j’observe que les bons dessins obéissent à un certain nombre de règles. Et que les meilleurs les transgressent complètement.

DANSE MACABRE 103

En quoi votre travail de « dessinateur » constitue-t-il, selon vous, un prolongement de votre travail de tatoueur 

C’est plutôt le contraire, en réalité. Depuis quelques années seulement, le tatouage sort de la marge où la bien-pensance l’a cantonné, même s’il n’est -heureusement- pas encore débarrassé totalement de son esprit de rébellion.

C’est en choisissant d’en porter et après avoir échoué à trouver sur le marché ce qui me satisferait que je me suis décidé à créer mes propres motifs : je suis dessinateur après tout ! Et d’un coup, j’ai ouvert une porte sur un nouveau champ d’activité insoupçonné jusque-là : je me suis vite aperçu que je n’étais pas le seul à chercher un tatouage unique, conçu spécialement pour moi, élaboré pendant le temps nécessaire, reflet de mon propre parcours, de ma propre histoire. C’est l’approche opposée à celle qui consiste à choisir dans un book un motif déjà vu, déjà vendu, déjà porté.

Si la publicité où je travaille depuis si longtemps est par définition le territoire de l’éphémère et du superficiel, le tatouage en est l’exact opposé, puisqu’il s’agit ici de permanence et de profondeur. Pourtant, au moment d’imaginer un motif pour quelqu’un d’autre, il est à nouveau question d’entendre un briefing, de comprendre ce qui est dit et surtout ce qui ne l’est pas (c’est souvent la zone où se dissimule l’essentiel); mais cette fois dans un domaine qui relève du privé et de l’intime.

En ce sens, comme vous le deviniez, il s’agit bien d’un prolongement.

DANSE MACABRE 106

Il y a un côté carnavalesque dans vos œuvres, en particulier dans la présence du « masque ». Que signifie d’après vous cette atmosphère quasi-vénitienne ?

En effet le carnaval est le contexte idéal pour que se joue la comédie humaine dans ce qu’elle peut avoir de grinçant et d’ironique. C’est la Commedia dell’arte avec ses travers humains caricaturés.

Venise ou son double sont les labyrinthes où l’on prend autant le risque de se sauver que de se perdre. Le double de New-York pourrait en être un autre, beaucoup de dessins m’attendent.

Quant à l’accessoire principal du carnaval, le masque, il pose la question troublante du faux-semblant. Le porte-t-on pour être reconnu -paradoxe- comme un personnage identifié ? Pour dissimuler sa vraie nature ou pour la révéler ? s’il devient évident que les choses ne sont jamais ce qu’elles ont l’air d’être, cette évidence ne nous indique pas pour autant la direction à suivre. Le masque nous fait vaciller dans nos certitudes.

Denis Courard


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