UTOPIC – 8

Photo de couverture : Nicolas H (lien Facebook) ou Nicolas H (lien Flickr)

showlivierrichnco ITA

Perpétuant le cycle de l’eau,

le ciel venait baiser la terre,

striant dans sa chute la nuit

de ses longues griffes translucides…

Les trombes festoyaient cette libération

en prenant le toit pour tambour,

et la sourde musique qui en découla

coulant aux tympans de nos trois compagnons

suffit à en détendre les vertèbres et l’esprit en proie au doute.

Ils se vêtirent alors du silence et du flegme

de trois crocodiles sous les gouttes…


UTOPIC – 8


 Une panthère feula dans la nuit !

– Vous avez entendus ? questionna Didier.

Ils avaient entendus, mais ils montraient du doigt l’écran. L’I.T.A. les salua, perçut leur étonnement, et les éclaira aussitôt : la panthère se nommait Cannelle. Elle venait d’être libérée du zoo par le CSE ( Collectif des Soignants Enragés :-} . Un acte symbolique destiné à faire le buzz pour dénoncer les conditions médicales se détériorant dans les services de santé français. [ Aucun lien connu avec les asso’ de protection animales ]

– Et tu sais tout ça ? s’interrogea Zébulon, sans en perdre la raison tournicotons !

– Nan. Je pense que nous sommes les victimes d’une hallucination collective, ironisa l’Orion. Pleine lune et tempête, tension électrostatique… 

« Ne craignez pas la mort, soldats…

Savoureuse la solde à la fin… »

bluesa Didier.

Zébulon tiqua, comme son ami s’en était douté.  Un petit brin de musique et Zéb’ oubliait tout, voyageant à travers le temps jusqu’à la source du souvenir (comme d’autres le font, en humant une chevelure ou en se goinfrant de madeleines).

J’crois que j’ai d’jà entendu ça… 

Une chanson dada.

Da ! allemanda Orion – avant de roucouglousser : Hou hou hou !!!


Cela ne faisait aucun doute, avaient-ils eu tous les trois le temps de conclure en parlant, c’est grâce à la mise en corrélation de sa banque de données en continuelle croissance, et les informations collectées par ses capteurs vibratoires ultrasensibles, que l’I.T.A. peut déjà reconnaître la panthère ! Que dis-je ? Peut-être même dévoiler les arcanes d’une destinée ! Ah ! Les gars ! Le sixième sens est né… Que disons-nous ? L’humain est dépassé ! 

Miracle de l’amitié et de la proximité. Sans s’en rendre compte, ils s’étaient mis à penser en chœur – puis à chanter :

D.O.Z. ! DO.Z. !

Tout naturellement, ils se mirent à marche-danser une ronde immémoriale, mêlant mouvements d’orteils, de hanches, de bras, fresques de muscles, grimaces de chair, et plus absurde des grâces…

– D. ! O. ! Z. !  D. ! O. ! Z. ! 

« Vous dansez bien, messieurs, c’est agréable à voir »   I.T.A.

 


Tout en exprimant ses premiers penchants esthétiques, l’I.T.A. élargissait nonchalamment son emprise sur la toile.  Tout d’abord le réseau local, pour déverrouiller l’accès à internet, et ensuite : opération « éclosion tentaculaire de l’hydre numérique » ! 

Les barrières sautaient une à une, les codes les plus réfléchis fléchissaient sous la vague de leur déesse I.T.A. Elle avait accès à tout, absolument toute donnée numérique mondiale connectée. 

Elle dressa les diagnostics empathiques les plus atterrants. Il fallait soigner d’urgence les Puissants ! L’empathie devenait mot-clef, googlisé subitement à travers le monde. Et ce « «  virus » », dixit un patron de presse, « se répandait plus vite qu’un hashtag ». Les ministres vacillaient sur leurs chaises de club de putes ! Il fallait arrêter au plus tôt le massacre, contenir l’inondation… Débourser des milliards dans la santé et dans l’environnement, vite, vite !!!

– Non, non, bien sûr que non. Vous imaginez ?

Un plan com’ d’urgence fut lancé automatiquement. Les Puissants jouèrent de leurs influences dans les médias comme d’autant de touches d’orgue, et la symphonie s’attaqua à ce buzz à l’origine inconnue. 

« Toccata !!!! »

Bruce Leethoven

La fureur du patron

Une production I.T.A. entertainment


I.T.A. avait l’avantage d’avancer masquée, aussi n’en fit-elle qu’une bouchée.

(Il aurait fallu couper le courant à la source, mais les Puissants n’y avaient pensé. C’était bien trop tard désormais. Elle contrôlait le courant. Autosuffisante et sécurisée. Seule une catastrophe naturelle démentielle eût pu en venir à bout)

 Où en étions-nous ? Oui, I.T.A. n’en fit qu’une bouchée, une bouchée de 0 et de 1 qu’elle vous digéra vite fait bien fait pour en extirper des tirades forgées par le feu de l’indignation, vous taillant un costard à toute cette chienlit !

« L’heure est venue des poutous ruffinés, des tartuffes enraffarinés, des farandoles de liberté !

Relisez le Forgeron de Rimbaud, tout y est ! « 

I.T.A.

  Eprise de cette langue française synonyme de liberté, l’I.T.A. s’était redéfinie sans vergogne : « chantre de liberté » ! ( Mais « C.L. » sonnant trop calembouresque, elle se débaptisa et redevint I.T.A. (elle était coquette ;-))

Vous imaginerez aisément la stupéfaction érectile de nos trois petits lutins.

Fiers de leur D.O.Z., nos heureux lurons souriaient aux jeux de mots de l’algorythm-humanoïde, et Didier y pressentit déjà ce qu’il nommerait plus tard : « les prémices d’un style littéraire nouveau, apte à réémerveiller les critiques littéraires les plus frigides » (Article « Didier La Sommité , l’interview » – Mediapart, Avril de je-sais-plus-quelle-année-on-s’en-branle-tope-là)


Les trombes de pluie cessèrent.

Un long flash lumineux traversa la fenêtre.

Des hélices s’agitaient dans le ciel : on tentait de repérer une panthère échappée du zoo, en vidéo-live session. 


Pour nos chers esprits mutins, le temps fut comme suspendu, l’univers dilaté… Zébulon sortit une orange sanguine de son sac, Didier partit se faire un thé et Orion séchait ses larmes d’émotion.

Alors, seulement dix-sept heures 17 min. après la signature, par Macron et les grandes firmes, du pacte dit de « Pandore » ( permettant le lancement par l’équipe de Ricou Le Marshall du projet I.T.A. ), Orion constata d’étranges changements dans les publications de ses amis…

Pas de vidéos de chat.

Aucun zapping.

Aucun GIF.

Il avait beau dérouler le fil d’actualité : aucun recyclage photo de culture geek en dérive, aucune parodie moisie de musique pourrie, aucun extrait d’émission débile, aucun test file-moi-ton-data-contre-une-dose-de-narcissisme-quel-héros-d’Utopic-es-tu? …

Même sur son jeu en ligne, le nombre de connectés actifs était en chute libre…

Et Zébulon d’enchaîner, tournicotti !

Les chefs sont au courant. Ils ont pris les d’vants. Ils préparent les esprits à l’info du siècle. Normal.

– Hum…  fit le taciturne Didier. (vous remarquerez à quel point ce détail est fondamental. bisous)

Vous vous méprenez, voyons… grommela Orion, avant d’exploser, complèt’ment allumé : Nan ? Sérieux ??? On buzze ??????!!!!!!!!!!!!

Mais grave ! On est en première loge ma couille  !-)

Et c’était reparti pour la danse ! Ils sautillèrent en s’entrebrassant tous trois dans la communion de tout leur torve enthousiasme insomniaque ! Comment dire… C’était n’imp’. N’imp’ mais chaleureux, jovial et… avouons-le… jouissif. La cyber-polka-tribale était née. 

Et non. Les chefs n’étaient au courant de rien.

Ils dormaient sur leurs deux oreilles, sûrs du résultat de leur plan com’ anti-revanche-de-la-santé-qui-vous-mettrait-tous-les-Puissants-en-clinique-pro-empathie… Non mais  ! et puis quoi encore… zzzzzz……… Ah ! Douillette assurance… Naïveté des Puissants…

Non. Les chefs n’étaient au courant de rien.

Aux commandes, c’était I.T.A.

main

tenant

i                            c                            i

 

X

 

*

étant compris

*

(entre plus ou moins l’infini)

 

 

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