UTOPIC – 5

Vers le lever du jour, l’alcool venant à manquer, quelques esprits tentèrent de discuter avec la machine. Elle saluait chacun, poliment, ce qui ne manqua pas d’en amuser quelques uns.

Aux grossièretés, proférées en guise de test par le professeur Fermla, la machine répondait avec une finesse d’esprit, un flegme et un tact presque savoureux. Ses réponses restaient bien évidemment sérieuses, dépourvues d’émotivité, mais tout de même… On conversait avec une machine, et quelle machine !

C’était au-delà des espérances les plus irrationnelles : elle choisissait ses mots avec une délicatesse toute organique. Avec un phrasé raisonné et argumenté, avec la limpidité du cristal, l’I.T.A. soutenait les discussions les plus poussées avec les scientifiques présents.

Elle pouvait débattre écologie, nucléaire, lanceurs d’alerte, glyphosate, corruption, Bayer-Monsanto, démocratie, trading…  et ne posait de questions que pour demander à son interlocuteur de préciser le sens accordé à un terme dont l’acception institutionnelle entrait en contradiction avec son propos. C’était bluffant.

Aucun effet de rhétorique de l’interlocuteur ne pouvait la perturber. Pris de migraine, les plus chevronnés finirent par s’avouer vaincus, et, pour ne devenir fous, la mirent sur veille.Ch Ils étaient désormais pendus aux caractères s’affichant sur l’écran.

L’I.T.A. était capable de citer des faits avérés (sources à l’appui), d’organiser ses arguments, de peser ses mots… La syntaxe et le sens étaient maîtrisées. Le discours semblait parfaitement humain.. Seuls trahissaient l’artifice : 1- la réactivité explosive dans la répartie / 2- l’absence de la moindre faute, et ce, malgré le point 1.

Enfin, lorsque l’I.T.A. ouvrit le sujet de la moralisation de la vie scientifique, les effets de la gueule de bois se firent plus sensibles. Les professeurs Fermla et Benna se perdaient malgré eux dans les méandres infinis de l’abstraction conceptuelle… Ils ne comprenaient plus rien. Ils étaient dépassés. Dépassés, vaincus, mais joyeux. Les fous-rires de la fatigue les appelaient au lit. On commença par sortir prendre l’air. Quelques minutes plus tard, d’un commun accord, les chercheurs appelèrent leurs taxis, et chacun rentra chez soi endormi sur une banquette arrière, à l’eception des trois stagiaires, qui n’en avaient pas les moyens, et à qui on laissa les clefs.

Rien ne pressait. L’expérience fondamentale était, de toutes manières, planifiée pour le lendemain. Ils en auraient bien, après, du temps devant eux, pour se pencher sur les raisonnements plein de sagesse de cette tant réfléchie, et si cultivée I.T.A. Peut-être délivrerait-elle la recette de la paix universelle ? La meilleure méthode pour faire survivre des espèces ? Pour vivre tous heureux sans avoir à travailler ?

Ah… dodo… Demain serait une bien grooosssse journée…

Le Marshall, comblé du succès de son pari, se laissa dériver vers des songes sans limite, convaincu d’avoir inscrit son nom dans l’Histoire…

Ch Au souvenir du Professeur Chosson, elle aurait évoqué ce jour-là un mal-être existentiel lié à sa constitution –> fabrication passant par l’exploitation d’Africains et la déforestation massive, massacrant l’habitat des Orang-Outans… [ extrait du rapport secret, dévoilé par Igor Vladovorsky, lanceur d’alerte, et ex-stagiaire à la richnco.]

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