LE DÉPUCELAGE – 3 – Le Grand Soir

LE DÉPUCELAGE – 3 – Le Grand Soir

Appartement du mec absent. Elle et Cool. Trop tard pour rentrer en bus. C’est un « Oui », il peut rester. Plus besoin de demander autre chose. Il est aux anges. Ils vont dormir ensemble. Il le sait, il le sent, et cela l’apaise. Juste cet instant, et cet instant, et celui-ci, justifient des mois d’attente. Il se sent en couple. Il s’est fait une raison. Le sort nous usurpe des fois. Il ferme les yeux. Il a auprès de lui une femme qui l’aime. Grâce de grâces ! Bénédiction céleste ! Il la tient, sa vengeance contre le sort, contre cet ours rival.

Une étincelle au fond de l’œil : l’orgueil du diabolique enfant blessé… celui pour lequel il devrait encore payer, plus tard, quand…

 Il avait été tricoté là-haut qu’à trop mordiller les Parques, le chat devrait se prendre une tape sur le sommet du crâne…

Bonne douche glacée du meilleur effet ! Il en ressortit tout frais et bien calmé. Yogi du froid. Revigoré. Les pieds bien sur terre.

Pizza réchauffée, verres de vin, kitchenette, ses yeux dans les siens. Deux enfants au corps d’adulte.

Une chambre faite salon. Quelques bougies. Un filet d’encens, dansant, doucement, un slow d’amoureux.

Une playlist préparée de longues heures . Bande originale d’une passion. Slow blues…

Les bougies jubilent, le toucher est aiguisé, l’odorat flotte sous les cheveux du bonheur. Odeur de pêche.

Elle ne force rien, c’est trop intense, c’est trop tard, qu’elle en soit maudite, il sait si bien lui parler d’amour, il est si innocent, il ne demande que ça : son premier souvenir d’homme…

« Get down get down little Henry Lee, and stay all night with me »

PJ Harvey / Nick Cave – Murder Ballads

Comment perdit-il son pucelage ? Comme une majorité de puceaux. Allongé par quelque filouterie bien inspirée à côté d’une belle qui le veut bien ; dans la chaleur des draps de la nuit.

Certains, vifs, enroulent gracieusement leur amour dans leur bras,

D’autres plus esthètes des sens, respirent la montée du désir,

Et Cool, enfin, qui ose, malgré tout, sortir de sa chrysalide,

Sortir lentement le bras, le poser sur la couette, une couche au-delà cette terre qu’il brûle de couvrir de baisers…

Et il brûle, brûle de tout son cosmos intérieur. Dans sa chair, la peur mène la guerre au désir.  Il chauffe, flambe sur place jusqu’à en exciter, en incendier sa voisine ; si bien qu’il fallut qu’elle faillit. Faillit à sa fidélité, défaillit dans la sensualité, créant le miracle de la brèche inespérée, ouvrant son oasis de peau à la paume assoiffée de son compagnon d’un soir, paralysé par l’honneur. Puis, curieux, sur les hanches, les épaules, les cuisses, les seins dans leur bonnet de corail, absorbant chaque courbe dans le creux de sa main, dévorant chaque souffle de la femme qui s’offre.

Un étoilé éclate, une nébuleuse fleurit. 

Cérémonie mystique, de deux corps accomplissant une danse interdite.

 

 

Vers le 4

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