LE DEPUCELAGE – I – L’Âge de souffrance

LA ROCAMBOLESQUE HISTOIRE DU DEPUCELAGE DE GILLES IVOIRE

« J’ai jamais tué d’chat !  » J. Brel

I – L’âge de souffrance

 

Ce fut une adolescence frétillant aux soubresauts des coups de foudre sur femmes prises, et fidèles, où le nerveux puceau ne prit rien dans son filet. Il ne s’intéressait ni aux thons ni aux morues, et jamais la sirène ne se laissa prendre.

Il se rêvait « plus grand poète du XXIème siècle », titre qui n’allait pas sans d’exigeantes prétentions sur quelque nymphe aux yeux de saphir ou d’émeraude.

Psyché d’un autre âge échoué à l’aube d’internet, ancien catéchèse et servant de messe, fils de parents peu démonstratifs en câlins, il avait découvert la poésie devant un manga japonais. Un chevalier du Cygne y perçait la calotte glaciaire pour rejoindre sa mère dans l’épave d’un bateau, et loger une énième rose rouge dans la longue chevelure blanche qui flottait en ce silencieux cercueil de glace… Pendant ce temps, le Phoenix renaissait dans les flammes et le Dragon retournait le courant de la fontaine de Rozan.

Du cygne, il avait appris à tolérer les vents, même les plus glacés ; du dragon, ce désir fou d’inverser la course du destin ; du phoenix, cette folie de toujours revenir à la charge, l’armure plus forte. De Pégase,l’enthousiasme idéaliste, et D’Andromède, le renoncement sacrificiel à la fatalité, qui permettait d’extirper de Pégase un enthousiasme idéaliste à l’épreuve de toutes les séances masochistes de durée XXL.

Gilles traverserait la période d’extinction des lettres secouées sous le parfum, les bords brûlé à l’allumette, remplies de poèmes fiévreux, écrits et réécrits jusqu’à la belle calligraphie… Tout ça pour rien.

Il découvrit enfin les merveilleuses Fleurs du mal, dans une édition illustrée d’articles de presse et tableaux de maîtres, ce qui scella à jamais son destin d’auteur lyrique.

Tous ces facteurs, et tant d’autres dont je vous ferai grâce ( telle la certitude de nourrir son art de beauté aux abords de sa muse polymorphe ) se soldèrent par un délicieux et acide détour dans l’Enfer de l’Envie, à ronger sa vie de fer comme un enragé. Lui le Téméraire saboteur de couple ! Incapable de fleurir la beauté d’une terre vierge. Grand peureux, pourfendeur de possibles… Lutin farceur épris d’impossible, farfadet fuyant la lumière, il aimait bien plus écrire, rêver, fantasmer, souffrir même, que juste : aimer. Ce mot-là, il lui en faudrait du temps pour le découvrir. Temps de briser son cercueil de glace, temps de revenir de l’enfer, temps de se raisonner au gré des douleurs.

Comment perdit-il son pucelage ? Pas plus vite que n’avance ce récit, vous donnant une très mince idée, de l’étendue faramineuse du champs de ses frustrations. Car la convoitise lui fit mal. Ouiiii…Je sais que cela doit vous soulager, alors, ouiiii, il souffriiiiit ; à s’en découvrir un malin plaisir à s’automutiler le cœur pour se sentir exister. The Cure. Joy Division. Il n’en récolta aucun baiser. Bien fait pour lui.

 

 

 

Mais avançons, si vous le voulez bien.

2 réflexions sur “LE DEPUCELAGE – I – L’Âge de souffrance

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