FESSENHEIM 6 : C’est toujours une première fois

Rappel : dans l’épisode 3, le vieux, gentleman odieux en privé, regarde un puceau genre Jon Snow à la télé, et s’exclame ( en effectuant un mouvement avant-arrière avec le bassin, en roulant des coudes ) :

– Dis-moi, ça te dirait pas d’aller… tchü-tchü !

 

FESSENHEIM – 6

 

Vladimir Spoutnik s’éclate aux platines, moustache au vent et perles de Vénus dans son oeil restant. Il préfère avoir perdu ça plutôt qu’une main ou un oreille. Ça lui donne un côté pirate de l’espace.

Quant au pirate du comptoir, Gregario, il sort un alu de son sac et offre un bout de gâteau à son ami. Sourire en coin sous fine moustache italienne. L’infirmité n’empêche pas l’élégance. D’ailleurs, ici, tout le monde un truc à montrer.

– J’aime juste m’imaginer que mon succès les fait chier, pest Cool avant de se décoller du bout des doigts le chocolat collé à ses dents.

Ses œuvres de dessinateurs, extrêmement populaires, sont relayées sur la toile comme sur les ondes. Ce n’est pas donné à tout le monde de rendre un moignon élégant. Figurez-vous que les galeristes de la capitale ont même osé se plaindre des pouvoirs publiques, qui « ne laisseront jamais passer ne serait-ce qu’un poil » de Cool.

– Joujou. Première. Dame. Passer.

– Et « comme un lierre obscur circonvient à un tronc, s’éleve en lui léchant l’écorce… » Et merde ! Merde aux cons !

Cool aime citer Cyrano, mais sur ce coup-là, sa langue a fourché. Il partage avec Cyrano ce goût du panache, mais sa verve lyrique n’est pas aussi sophistiqué que celle de Rostand.

– « Rêver, rire… » faire des dessins, ça oui ! Santé ! Et au panache !

– Santé !

Il descend sa pinte et s’éclipse. Une subite envie de profiter de la vie…

Non loin de là, à cet instant même, un ours éméché laisse passer devant lui la miss du soir aux toilettes. Et il attend de l’autre côté de ce seul chiotte de la soirée sans penser au fait qu’elle puisse vouloir garder son jet privé ! Elle met un papier dans l’eau et urine en fronçant les sourcils.

Quand « Miss Terre » sort des toilettes, elle se cache pas quelque dédain à l’ours benêt bien intentionné. Décidément, la prochaine fois, il sera mal léché…

Elle aperçoit alors Cool, de retour des buissons, qui remonte sa braguette. Elle lui sourit. Il est un peu surpris. Ce n’est pas le genre de choses qu’aiment voir les femmes d’habitude. Ça doit être sa gratitude pour le tatouage.

Il s’approche en fronçant les sourcils, amusé ; levant les yeux, d’un air innocent.

Elle, délicieusement hors sujet :

    • La vie est un éternel recommencement.

Elle tourne les talons, rêveuse, d’une grâce qui invite à vous suivre.

– Hum… Je préfère dire : c’est toujours une première fois…

– (soupir souriant) D’humeur charmeur ?

– Il était une fois, première comme toujours…

– … où tout porte à croire que l’imparfait et le parfait cessent d’être perçus contradictoirement ! le coupe-t-elle comme en transe.

– Les Jardins Suspendus, enchaîne-t-il élégant, à la fois grave et apaisant. Album [insensé], Sonic Area.

– Bingo !

Il serait une fois, première comme toujours, où,

par une belle nuit d’été, une brise de joie rosirait les joues d’Océane,

et où Cool prendrait, une fois encore, pour la première fois, la Destin entre ses mains.

 

Ainsi la vie poursuit son cours, comme un fauteuil roulant.

« Tchü-tchü ! »

2 réflexions sur “FESSENHEIM 6 : C’est toujours une première fois

  1. Ping : Fessenheim 5 : Un seul genre vous manque et tout est dépeuplé – Rich and Co Editions

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