FESSENHEIM 2 : De la dédramatisation pathétique

Dans l’épisode précédent : le vieux déguste, Cool tatoue, Océane frissonne, Le San prend des photos, et le Yann fait dans l’emphase. Pendant ce temps, pas loin du Kronthal, Alex et sa clic dont à pied d’oeuvre. Une fête se prépare…  

*

Le vieux a fini par faire perler l’Élixir de Chartreuse dans son sylvaner. Absorbé par la contemplation de la robe verte, le vieux n’y entend goutte, mais l’écran lui balance quand même le prochain reportage aux esgourdes (à voir la longueur de ses feuilles de choux on se rend compte à quel point les cartilages poussent durant une vie. C’est ahurissant ! – Reprenons : )  :

La fille du ministre nous conduit ce soir à l’hôpital de Rouffach, où l’arrivée de la quadrithérapie a représenté une véritable révolution ! Mais ne manquez surtout pas la seconde partie de l’émission, qui vous invitera à partager les souffrances, mais aussi la beauté de son service de maternité.

Les agences de sûreté avaient sonné maintes fois l’alarme : fissures, dysfonctionnements multiples, fuites « bénignes » devenues « malignes »… Fessenheim avait finalement pété. Un bon gros proût surgi des plus sombres profondeurs du fol orgueil humain.

Un Icare de plus tomba dans l’eau. La science n’était pas dieu, et l’homme restait un con.

On avait fermé les yeux, et une fois la gueule dans la merde, on avait paré au plus pressé en se bouchant le nez. C’était odieux.

Sa femme, Anaïs, a été foudroyée. Thyroïde flinguée. N’en parlons plus.

Son fils et lui ont survécu. Il en remercie le vin. La stomie gastrique exprime son assentiment, et le gaz traverse le filtre à charbon, chatouillant les naseaux de la chienne. La vielle odeur de l’habitude.

Tchernobyl… Fukushima… Le 8 mars, la tragédie frappa l’Alsace ! La plus vieille centrale nucléaire de Fran…

Que s’était-il vraiment passé ? Difficile à dire. Théories et contre-théories complotistes avait fini par noyer le poisson. Comme par magie. Des morts par milliers, incinérés, puis l’eau contaminée coula sous les ponts. « Circulez y a rien à voir. Non ! Vous, vous restez ici ! » Et on dressa des murs, entre là-bas et ici.

Du côté des Irradiés, la colère était tangible. Comme un nuage, elle finit cela dit par s’évaporer, laissant en guise de séquelles quelques rides aigries sur les visages.

Rapidement, les médicaments distribués gratuitement permirent de supporter la douleur. La mode de l’absurde submergea les esprits, et la zone se changea en théâtre burlesque à ciel ouvert.

Désormais, les excentricités vestimentaires servent de barrage contre les sombres radiations du passé. Les radios du coin multiplient les canulars surréalistes, les journaux les canards rocambolesques, et les villages les fêtes délurées, allant du multicolore « Nounours Zombie festival » à la ténébreuse « Vampire Vegan SM night ».

L’horreur n’en reste pas moins chevillée au corps ; mais on parvient, à coups d’exubérantes rasades d’alcool, à oublier dégénérescences, malformations, alopécies et autres pustules.

L’argent ? L’État Français y pourvoit. Revenu de Solidarité Exceptionnel.

On veille toutefois à censurer sur la toile les scènes de beuveries. Tâche complexe tant elles font partie du quotidien grand-estois, mais, dixit un ministre souhaitant conserver l’anonymat : « Il faut que les Bien-portants imaginent les Irradiés tristes. »

Le reportage que déforme le verre du vieux représente un parfait exemple de cette « dédramatisation pathétique ». Les images des malades arrachent leur flot de larmes hebdomadaires aux ménagères du monde libre… que l’on rassure aussitôt par un happy end de circonstance.

Vous connaissez la recette. Gros plan sur un nourrisson malingre et souffreteux. ( On a bien sûr réalisé un rapide casting en couveuse pour trouver le résidu humain le plus télégénique.) Avec le petit violon slamesque en fond, je vous jure qu’on le trouverait presque mignon. Ah, mais c’est horrible, le pronostic vital est engagé… cote de la mort : 79 contre 1. Le suspense est total. Arrivée du médecin à tête de McGyver…

– page de pub  : bébé cadum, soin anti-âge et j’en passe… –

Retour sur le gros plan, solo de violon… La mère est inquiète… Arrivée du médecin à tête de MacGyver : l’enfant est sauvé ! Miraculé ! Oh Jésus ! Même jeté dans une rivière d’uranium, un couffin peut finir dans les bras de la vie !  Hip hip hip hourra !

Le taux de mortalité infantile est en réalité effroyable.

 

 

 

 

La suite

2 réflexions sur “FESSENHEIM 2 : De la dédramatisation pathétique

  1. Ping : FESSENEHEIM 1 : Où tout n’est qu’ordures de beauté – Rich and Co Editions

  2. Ping : FESSENHEIM 3 : Les actuces de la vieille chienne – Rich and Co Editions

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