Collection Littérature, Gilles Ivoire, Cool-de-Source CHAPITRE VIII – A l’heure où la bicyclosexuelle, les cuisses crispées, mûrit des joues pommes rouges dans la descente vers le village…

« April was anew

New moon on your dune

New kiss on her lips »

Avril to June, anonymous unwrittened book


Le lendemain, Cool-de-source respira à nouveau. Il se leva avant Bernie, alla s’hydrater à la salle de bain adjacente, embarqua un pull à capuche dans la garde-robe de son hôte, lui laissa un petit mot sur un papier, effaça d’un revers de gomme les théories sur la vie qui germaient dans son esprit, et, fermant la porte, se dit que rien ne valait un bon passage à l’acte à l’ancienne. Ça tombait bien d’ailleurs : il avait de quoi se payer le bus qui arriverait dans une heure environ.


Pour être plus précis M’sieur l’agent, il était là y a cinq minutes. J’sais pas vers où qu’c’est qu’il est parti…

Keskya ?

Ya kya skya !

Woooo… Po ! Po ! Po ! Po !


CALEMBOUR POLYSÉMIQUE: figure qui exploite les divers sens attribués à un mot ou à une locution: sens concret et abstrait, sens propre et figuré, etc. Ex :« Le soleil se lève, moi je reste allongé à ses pieds, à six pieds d’la montagne. Au zénith de St Petersbourg, elle m’ouvrira ses bras de rivières, et je sortirai de son lit, frétillant comme un gardon ( toujours sur nous nos capotes si le temps est humide ou le chemin incertain)  » Antanaclase et Syllepse dans un pré vert, I. Palgoneschniuk, 1981, éditions du Richard )


– Qu’y a-t-il ?

– Il y a qu’il y a ce qu’il y a !

– Haaaaa... 


Il y avait là un hotel5 trois étoiles séparé, par un ample parking clairsemé, de la route principale ; route principale par-delà laquelle émanait une odeur de pâtes d’usine. Ah, les exhalaisons de l’industrie française… Fleuron ! Fleurons bon !

L’arrêt de bus, lui, était, dirons-nous, « à l’ancienne » : en bois, avec des parcelles d’affiches collées les unes sur les autres, et dont certaines, petites languettes d’imprimerie grignotées par les intempéries, soufflotaient gaiement un hymne de résistance, au nez et à la barbe à papa du vent frisquet du lever. Lever qui fut aussi heure de la mort d’un chat mangeur d’élastique. Il avait attendri sa famille, par sa manière de vous remercier de les sortir de son trou, les élastiques. Il vous maculait à cet instant d’un divin baiser de merde caractériel8. On en trouve beaucoup sous forme humaine perdus aux urgences des grandes villes pour que quelque docteur en extraie on n’saurait imaginer le pire de leur rectum docilement habitué à l’épreuve. Oh mon dieu, fermez les yeux ! Cela est si long !!!

5 Le récit vient de revenir sur Cool-de-source arrivé à l’arrêt de bus. NOTE DE L’EDITEUR 6

6 Le vrai ! Note de l’éditeur

8 C’est le bon nombre et le bon genre. Pas de « caractérielle » ici, ni, bien évidemment, de farfelus et surréalistes « caractériels », « caractérielles » et autre « cataracte d’urine dans un cathéter au précipice du prépuce ». Parce que oui ! Oui ! La présentatrice qui finit par « Restez en ligne » comme si la télévision vous appelait, n’est-ce pas comme l’épicier Kurde vous lâchant « C’est toujours plus belle la vie dans télé ! Erdogan c’est gros connard ! C’est chef DAESH ! C’est lui chef DAESH ! » ? … Une chose est sûre, à la lettre, ce n’est pas pareil. Point.


Cette compagnie ( du vent frisquet du lever), revigorante ! plut beaucoup à Cool-de-source.

Si vous baissez les yeux, vous verrez alors qu’un débris de magazine porno, ondulé par la pluie et rongé par les heures, tente un envol depuis le sol. Ses pages restent collées en masses…

Cool-de-source y aperçut néanmoins une femme écartant du bout des ongles des ailes de papillon pour dévoiler l’intérieur rose violette d’une alternative réalité…

Cela ne lui donna cependant pas l’envie de le prendre en main. Il se dit simplement qu’il devait être à une époque où les dvd n’existaient pas, et où un film porno en vhs était une de ces rares reliques qui se prêtaient au prix fort. Qu’un éphèbe pubère en trouve un dans la chambre des parents, qu’il en parle à quelque autre ami, et le voilà soumis à la pression de toute une clique d’obsédés pour organiser un visionnage collectif où faire se peut. Certains proposant le prêt gracieux, d’autres une branlette en équipe, et d’autres des équipes de 5, 7, 11, 13 ou encore 15.

Cette époque n’aurait qu’un temps.

Bientôt, portables et ordinateurs offriraient un accès rapide, à tout curieux, à des tonnes d’images illicites, et peut-être aux désordres de représentation de l’acte amoureux que cela pourrait engendrer dens les esprits photosensiblo-sexuels. Fini les magazines pornos embarqués sous le t-shirt en évitant les regards de la responsable de rayon et du vigile assis au-delà du miroir sans teint de la cabine blanche à l’entrée. Bonjour le débit faramineux sur le compte des parents à la fin du mois sans source claire identifiée sur le relevé de compte… Bonjour les mensonges de l’enfant patient, ou les aveux du plus paniqué…

Mais c’est là une autre histoire ! Cool-de-source monta dans le bus. Il s’assit derrière une jeune fille rousse qui somnolait, et dont les fins cheveux, contre la vitre, débordaient vers la place de ce nouvel arrivé. Comme enivré par un désir de toucher, il ne put s’empêcher de laisser son bras se poser contre la vitre, et naturellement glisser sous ces quelques brins d’amour sauvage, qui, aimables hasards divins, s’y posèrent comme les longues pattes d’une araignée des Cévennes.

« Lalala les lolos jolis mais elle est seule dans son lit ô Lola la fontaine Oh la la là là là » Cul Gastroba, troubadour intermittent du parvis de la Chattédrole de Grincheux-la-mine


Sa conscience refaisait fleurir en son esprit des bourgeons : des bouts de son passé. Il se rappela la sensation un peu perverse de ces instants fugitifs – Romanticus Tempus Fugit9 – cette sensation un peu perverse, cette forme de capillo-sexualité d’adolescent ardent, mais frustré. Ce plaisir qu’on pouvait avoir à établir un contact si infime soit-il avec la chair d’une femme, et d’y concentrer tout son être pour boire avidement l’extase, de ne serait-ce qu’un lilipucien10 oasis dans l’incommensurable désert sexuel de la routine quotidienne.

9Licence langagière de l’auteur, qui témoigne que même une langue morte peut rester vivante. « Romantique » (même latinisé) restant bien évidemment ici, aux gorges sèches de l’Ardèche, autant ajouté qu’anachronique. Note de l’éditeur

10 Le lecteur aura à cœur de suivre ici les recommandations de la réforme lectorale du 11 mai 2016, préconisant de lire « enne » la fin du déterminant, afin d’améliorer la liaison des lecteurs à la langue française. Note de l’éditeur

12 Ibid. 6 Note du narrateur.12


Inspirer fort.

Se noyer dans une odeur… une fleur aux lèvres…

Aujourd’hui, ce n’était plus pareil.

Juste une curiosité, un plaisir à se rappeler. Mais non, il ne voulait pas de cette rousse… quoi que… enfin je ne voulais pas dire comme ça ! Ah, lectrice ! Vous outrepassez les bornes de la réalité ! Laissez donc doucement narration se couler de source…

Oui, bon, peut-être, après tout Cool-de-source était un peu, comme vous, non seulement capillosexuel, mais aussi, de surcroît, photosensiblo-sexuel. Oui, peut-être – ah, que ne ferait un auteur pour plaire à sa lectrice !!! Triste faiblesse qui nous tient un sourire… – Oui, peut-être l’image pornographique lêché par la rosée fine, la rosée fine qu’avait balayé le vent du plus tôt matin entre ses jambes, peut-être oui cette image avait-elle eu un effet sur son esprit.

Peut-être aussi que cette rousse se pouvait bien être attirante, sexy… Quel vin goutu ne trouve-t-on pas dans les petits villages alsaciens me direz-vous ?

Hum…

Arrivé en ville, Cool-de-source vit qu’elle avait de belles fesses rebondies, un petit nez fin, et que ses yeux noisettes semblaient occupées par ses pensées… (Elle pensait alors à la facilité d’emploi de sa flower cup, qui s’avérait non seulement plus écologique que les tampax, mais aussi plus économique. Ou comment mêler l’utile à l’agréable… bonne conscience, ah… )

Mais il va lui parler ou bien ?

Ben, cas où, j’te l’dis cash : non !

Non, il ne se sentit pas d’aller l’accoster. Il marcha, traversa quelques rues, pour aboutir à une place de marché fourmillante d’activités. Il y vit de belles plantes, un couple de tourtereaux, des petits bouts de choux, et quelques vieilles pommes à peaux ridées, dont l’une avec un poireau sur le nez.

Il parvint enfin à l’instant de fatigue qui le conduisit à s’arrêter à la terrasse d’un café, d’où il entendit le tenancier ainsi s’exprimer : «  Si y a gazon, y a match ! ». C’était l’heure d’une compétition de football, en déduisit-il en voyant passer une étrange voiture contradictoire : autocollant Elsass Frei au cul, drapeau français sur le pare-brise arrière et sous le rétroviseur de l’habitacle, une planète terre en guise de joujou qui balance.

Cool-de-source ressentit à cet instant comme un semblant de petite gêne vicieuse… C’était comme si quelque chose, furtivement, lui avait semblé illogique dans sa vie… Comme ça, juste sur l’instant… Comment dire… Comme un faux-raccord dans un film qu’on adore… soupçonneux de quelque chose… comme un esprit rationnel refusant cette sensation de déjà-vu, l’expliquant scientifiquement sans parvenir pour autant à en taire à jamais l’incandescence indescente des braises de l’incrédulité la plus supersitieuse, car, non, l’histoire n’avait tué le négationnisme, la science n’avait réduit au silence la créationnisme, et l’astrologie avait survécu, comme l’animisme le plus excentrique dans les criques inconnues.

Hum… ça turbinait dans sa tête… cette sensation…comme si cela ne devait ou ne pouvait pas arriver… que quelque chose clochait… comme le mot « web » dans un vers shakespearien, traduit sur scène par l’anglicisme « le net ». Un sentiment flou… Un paradoxe interdimensionnel…

Il souffla à la surface du café avant d’y poser ses lèvres, et reconnut un livre de l’autre côté de la route. Non, pas celui auquel vous pensez, dégueulasse, mais le premier, celui laissé à la terre, lors e cette descente coussin de mousse sur une joue rebondie.

Cool-de-source, sans savoir pourquoi, se sentit persuadé qu’il s’agissait du même livre. Peut-être un autre exemplaire ? Il n’alla pas vérifier. Mais il savait que dans le premier était inscrit 69/100 au dos de la couverture, au stylo bic bleu. Non, il ne tenta pas le hasard, pas plus que celui-ci ne le tenta. C’était une autre histoire… celle d’un best-seller des temps modernes… celle où un homme tombait sans cesse sur un même objet, celle d’un court-métrage sombré dans l’oubli, ou encore celle déjà éculée de douze courts-foutrages underground d’origines diverses et variés, diffusés au grand plaisir des spectateurs dans les soirées folles des années des Petits Gregory.11

Ce n’était pas l’histoire qu’il voulait vivre. Là, il voulait boire son café tranquille, et c’est ce qu’il fit.

11 Ibid. 8 à peu de chose près. « Varié » n’est pas inclus dans « d’origines diverses. », évitant l’usage de cette expression à la redondance synonymique très médiévale : « d’origines diverses et variées » .


Tu sais comment on trouve un caca mou dans une forêt ?

Hum… J’donne ma langue au chocolat. Vas-y, crache :

On part à la chiasse !

Ouais, les blagues du tenancier et de son premier client lui suffisaient. Pas envie de lire. Juste le vide de la rue du matin, le merveilleux silence sommeil commun des citadins, les vacances de l’esprit…

Le souffle reposant de la simplicité.

Ainsi conclut-il ce chapitre.

Et les cloches tintèrent au loin

de la chattédrole de gré.

Une réflexion sur “Collection Littérature, Gilles Ivoire, Cool-de-Source CHAPITRE VIII – A l’heure où la bicyclosexuelle, les cuisses crispées, mûrit des joues pommes rouges dans la descente vers le village…

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