Collection Littérature : Nouvelle de Nathalie Michel, « Le bois dans tous ses états »

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     Sur Rich and Co Editions, on a pris la fâcheuse habitude de ne plus présenter Nathalie Michel, et c’est bien dommage… Avec 3 polars et un recueil collectif publiés aux Editions du Citron Bleu, cet auteure maîtrise son style et son sujet à la perfection. C’est direct et piquant, clair et sans-façon, énergique et percutant. Nathalie sait depuis bien longtemps ne plus confondre non-sens et profondeur, confusion et littérarité, ennui et subtilité. Les premiers sont l’apanage des Grandes Maisons d’Édition « mièvres » et « rasoirs » (je ne le répéterai jamais assez), les deuxièmes sont des qualités rares  que je ne cesse de défendre à travers la promotion d’une littérature dignement « Populaire », avec toute la hauteur et la noblesse qu’induit ce titre.

The Rich


Le bois dans tous ses états.

« Justine, descend, il est l’heure de manger !

-J’arrive, papa !»

    Je descends de ma deuxième maison. Elle est en hauteur, dans les arbres. J’y suis fourrée dès que je peux. Mon papa est menuisier, il est trop fort, il me l’a construite tout seul pour mes huit ans. J’ai une belle échelle, mais il a aussi créé un système de poulie pour « arbre-treuiller » mon goûter, mes devoirs, ou des mots de ma mère pour ne pas qu’elle s’époumone. Il y a trois ans maintenant. Chaque année, il passe une couche de pleins de produits qui puent, un pour l’ignifugation (ça veut dire anti-feu !), contre les insectes, pour la protection contre les intempéries, pour ci, pour ça… Ça n’arrête pas. Pendant une semaine, je ne peux plus y mettre un pied, mais après, elle redevient comme neuve. Il m’a aussi construit une table et trois chaises pour que j’invite des copines. Enfin, il s’est débrouillé pour m’y installer un petit chauffage pour l’hiver, parce qu’en ce moment, ça caille trop… La grande maison, c’est pareil, papa l’a construite tout seul. Elle allie poteau, poutre, ossature bois et maçonnerie. Elle est bien orientée avec une grande surface vitrée pour capter les rayons lumineux, un coin terrasse pour profiter de l’extérieur sans souffrir de la chaleur, et la façade principale est constituée de baies vitrées et des murs ossature bois. Bien sûr, je ne comprends rien à ce charabia, et à vrai dire, je m’en fiche, mais à force d’entendre le même discours que papa sert à chaque nouvel invité, je le connais pas cœur…

    Il a juste un petit problème, il est un peu obsédé. Tous les arbres du jardin, il les transforme progressivement en objet d’intérieur. Tous nos meubles sont en bois, notre déco, nos plats, même nos couverts… On a un poêle, un escalier, même une piscine en bois, mais ça j’aime bien…en été. Heureusement qu’on a des dizaines d’arbres sur notre terrain. Et puis il a plein de copains qui lui donnent leur affouage. Au début, ça amusait maman, cette passion. Mais sa bienveillance s’est au fil des années transformée en agacement. Quand papa a commencé à jouer avec une tronçonneuse pour s’essayer à la sculpture artistique, là, elle s’est franchement énervée. Elle s’est même sauvée, l’année dernière, quand il a décidé de conduire la voiture familiale avec un carburant fait de copeaux de bois. Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase… en bois, bien sûr ! Moi, j’ai décidé de rester avec lui, car il est très gentil avec moi, malgré sa passion envahissante. C’est vrai que, depuis que maman est partie, il s’est lâché. Il a fait des sculptures aux quatre coins du jardin, rien que des animaux de la ferme.

    Et, il y a quelques jours, une nouvelle lubie : pour fêter Noël qui arrive, il a sculpté deux rennes, un traîneau et un Papa Noël. Même si c’est pour me faire plaisir, j’ai trouvé qu’il allait un peu loin, car il a fait ça malgré la neige qui tombait à plein flocons et la morsure du froid. Il est de plus en plus original, et de plus en plus inquiétant aussi papa… En attendant, les chaises de ma maison à moi restent désespérément vides. Les parents de mes copines le prennent pour un fou et les empêchent de venir me voir. Un jour, l’assistante sociale est passée, car maman a parlé du problème de papa. Mais la dame a bien vu que j’étais en bonne santé, et heureuse. Elle est même repartie avec son visage sous le bras, sculpté à partir d’une bûche par mon papounet.

    Heureusement qu’elle n’est pas allée en bas, dans la grande cave de la grande maison. Là, c’est sûr qu’elle m’aurait vite retirée de chez nous. Dans la cave, il y a pleins de ce que papa appelles ses « loupés ». Mais moi je sais bien que c’est ceux-là qu’ils préfèrent : des corps en bois sculptés mais mutilés, des visages déformés, des animaux qui ressemblent à des gargouilles. Il l’appelle sa « petite galerie des horreurs ». C’est notre secret, je ne le dis à personne, même si je m’aperçois que papa reste de plus en plus en plus longtemps en bas, et que je l’entends parfois hurler malgré le son de la tronçonneuse. De plus en plus, il me regarde de façon bizarre, il prend mon visage dans ses mains et le malaxe de longues minutes en me disant que je serais mieux avec la bouche tordue, un œil plus gros que l’autre, et une oreille en moins. Et là, il part dans la cave, et je sais ce qu’il y fait.

    Il m’a montré l’autre fois une sculpture informe : « C’est toi, comme j’aimerais que tu sois ». En effet, le bout de bois ressemblait à mon visage, mais j’étais défigurée et horrible. C’est mon papa il est comme ça, je l’aime, je ne veux pas qu’on me l’enlève, alors je ne dis rien. J’espère seulement qu’un jour il ne s’en prendra pas à moi pour de vrai !

Nathalie Michel


Nathalie Michel est un auteur de Polars confirmé, qui a publié déjà 3 Romans et un Recueil de Nouvelles Collectif.  Alors si vous avez aimé la nouvelle « Le bois dans tous ses états », vous allez adorer ses 4 livres, publiés aux Éditions du Citron Bleu (cliquez sur l’image ci-dessous pour accéder au contenu)

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L’opus incontournable de Nathalie Michel (pour commander ou avoir plus d’infos, cliquez sur l’image ci-dessous)


couverture-nathalie-michel-mille-etangs-meurtriers-rich-and-co-editions    Pour acheter et commander ses trois derniers opus, Impitoyables, Les 1000 étangs meurtriers et le recueil collectif Noirs Flocons, rendez-vous à la Librairie Comtoise 11 Rue d’Alsace Lorraine, 70000 Vesoul (cliquez sur l’image ci-dessous pour plus d’informations)

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