« Sainte Catherine maudite », Nouvelle de Nathalie Michel herself

foire

Chronique « nouvelle » du jeudi 19 janvier 2017

    « Et voilà la Catherinette 2015, Mademoiselle Julie Valence ! ». Le froid de ce 25 novembre n’avait pas entamé la bonne humeur du public, les candidates étant toutes aussi charmante les unes que les autres. Le public applaudissait à tout rompre celle pour qui il avait voté en nombre, la nouvelle miss qui habitait Vesoul. Julie était surprise, mais heureuse de cette petite et inattendue consécration. Comme toutes les Catherinettes, c’était ses collègues qui lui avaient préparé le traditionnel chapeau jaune et vert, et l’avaient obligée à arpenter les rues de la ville la tête parée du chapeau des filles à marier. Julie s’était prêtée de bonne grâce à cette mise en scène, elle savait qu’elle ne pourrait déroger à la tradition.

    Événement vésulien, pendant une journée, la ville vit au rythme de cette tradition vieille de 700 ans. Foire agricole et paysanne, c’est aussi la fête des jeunes filles qui, ayant atteint 25 ans et non mariées, invoquent traditionnellement la Sainte de leur trouver un mari.  Julie avait donc passé l’après-midi à gouter les andouillettes, faire des bonnes affaires, et boire du vin chaud.  L’après-midi se termina tranquillement. Elle avait passé un très bon moment.  A dix-neuf heures, pourtant, elle commença à en avoir « plein les bottes » et était vraiment « pompette ». Elle décida qu’il était temps de rentrer. Elle les salua en les remerciant pour leur accompagnement, et s’engagea enfin dans la rue de la prison où elle avait garé sa voiture. Elle enleva son chapeau qui lui paraissait depuis quelques minutes peser une cinquantaine de kilos.

    En arrivant au véhicule, elle sentit une présence derrière elle. Elle se retourna et vit une des prétendantes au titre qu’elle avait peu remarquée durant la compétition, car disgracieuse. Elle essaya d’engager la conversation, mais l’autre était visiblement saoule, elle lui coupa la parole, dès son « Bonsoir ! ». Elle lui envoya une gifle magistrale. Julie, tomba à la renverse. L’autre la roua de coups en l’insultant copieusement. « Espèce de salope, tu m’as volé mon titre ». Entre deux coups, Julie essayait de cacher son visage et d’appeler « Au secours ! ».

    Mais il n’y avait personne à l’horizon. L’autre était ronde, et visiblement plus forte qu’elle. Elle se roula en boule et attendit que son agresseuse s’essouffle. Mais sa colère ne paraissait pas s’évanouir. « J’avais promis à ma mère que j’aurais ce titre, elle a commencé par être Catherinette, puis miss Haute-Saône et enfin quatrième dauphine de Miss France il y a vingt ans. Elle est malade depuis, Alzheimer, et elle m’a fait promettre de remporter le titre avant de ne plus se rappeler de moi. Ma mère est tout pour moi, et à cause de toi, j’ai tout perdu. Julie pleurait de douleur, son corps jonglait entre les coups de la folle. Elle la suppliait de la laisser, qu’elle allait lui donner son titre, qu’elle n’en avait rien à faire d’être Catherinette et que c’était juste parce que ses collègues l’avaient inscrite à ce « jeu ».

    Qu’importe, l’autre n’en démordait pas et lui assénait coups de pied et coups de poing. Au bout d’un moment, Julie s’évanouit. La jeune femme se calma enfin. Elle regarda sa rivale, qui, dorénavant ne pourrait plus prétendre à un titre de beauté tant elle s’était acharnée sur elle. Elle se retira avec un rictus de victoire et la sensation du travail accompli. Des passants trouvèrent enfin la pauvre Julie, et appelèrent les secours. Aux urgences, les docteurs diagnostiquèrent une dizaine de fracture et surtout une fracture de la colonne vertébrale qui la laissa paralysée à vie.

Nathalie Michel

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Quatrième de couverture:

« Nadine, romancière dynamique et intrépide, trouve un jour par hasard au lac de Vaivre et Montoille un corps immergé. Cette macabre découverte va l’emmener jusqu’au Pays des Mille Étangs où d’autres cadavres suppliciés ont été découverts. Des policiers parisiens sont mandatés pour l’accompagner dans sa quête de la vérité. Ils vont dès lors tous ensemble être plongés dans l’horreur des jeux cruels d’une meute dévouée à une cause sanguinaire. « Charly était un vieil SDF qui mendiait au Trocadéro. Il était connu des services de police parisiens pour avoir porté plus d’une fois atteinte à l’ordre public en crachant, insultant ou agressant des touristes. Pourtant, trente ans en arrière, qui aurait cru que ce jeune cadre dynamique, prénommé Charles-Antoine, sorti d’une haute école et accédant aux sphères tentaculaires de la politique, finirait au fond d’un étang. Après un mariage avec la jolie et gentille, mais non moins fade nièce d’un député élitiste, il eut deux enfants rapidement internés dans une école privée, chère et éloignée. Puis des années à faire l’amour à une femme-planche inerte l’amenèrent à un recours régulier aux prostituées… »

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