Go-Fast Generation partie IV « The ultimate fight » by The Rich Himself

« Les Chroniques de facebook » : 24 octobre 2016

Dans cette quatrième et ultimate fight, je vais m’efforcer d’esquisser quelques traits psychologiques du Go-Fast, afin de mesurer l’ampleur du désenchantement auquel il se heurte dans la réalité organique et matérialisée. Pour rappel, on peut définir le « Go-Fast » par ces quelques caractéristiques : un consommateur universel et standardisé, un mode de pensée individualiste et uniformisé, des comportements consuméristes « capricieux » (pour reprendre l’expression de Nico la blatte), compulsif et irréfléchis. J’ai résumé tout cela dans l’expression du « tout, tout de suite et au moindre coût ».

Pour respecter le fil conducteur de mes chroniques, je vais partir de comportements observés sur facebook. Avez-vous remarqué le nombre impressionnant de publications texte/image qui affirment que nos rêves les plus fous peuvent se réaliser à condition que l’on y croie profondément. Des conneries du genre : « quand on veut on peut », « vos rêves se réaliseront si vous y croyez vraiment », « pour réaliser ses rêves, il faut s’en donner les moyens », et autres fadaises. Le Go-Fast raffole de ces absurdités, car elles constituent l’un des fondements de sa psychologie « d’enfant roi », qui croit pouvoir obtenir tout ce qu’il veut. Une limace peut bien rêver de voler, mais quels que soient ses efforts et sa détermination, elle n’y parviendra pas. Certes, c’est bien d’avoir des rêves, mais y croire contre nature et raison s’appelle de la stupidité. Encore quelques exemples : je peux rêver de devenir footballeur professionnel, astronaute ou danseur étoile (qui a rigolé?), malgré tous mes efforts, toute ma persévérance, tous les moyens que je pourrai me « donner », je n’y arriverai jamais. Ce n’est pas une question d’âge. Pour qu’un rêve se réalise il doit être réalisable. Alors pourquoi véhiculer ce genre d’inepties ? Pour faire consommer bien évidemment… « Se donner les moyens » en langage Go-fast veut dire acheter tout ce qu’il faut pour y arriver : des services (cours, coaching, formations privées, COM, recours au service de professionnels grassement rémunérés pour vous encourager dans votre délire, abonnements divers, trucs et astuces bidons, etc…) et des produits de consommation virtuels ou matériels (applications, gadgets numériques, poudres de perlimpinpin, outils « intelligents » et connectés, déguisements et accessoires, etc…). Pour résumer : que de caprices au départ, et que de désillusions au final…

Le Go-fast est obstiné à se mentir à lui même. Aucun de vos jugements de valeur n’auront d’emprise sur lui. La moindre remise en question sera balayée d’un revers de la main par une doctrine habilement marquée au fer rouge sur sa minuscule calotte crânienne. Les valeurs pseudo-humanistes de son univers mental sont aujourd’hui communément admises et valorisées. En réalité, ces valeurs sont largement diffusées afin de favoriser la libre circulation des marchandises et des capitaux.
Il faut vivre dans un monde sans couleurs, sans communautés, sans sexes, sans religions, sans cultures, sans frontières, sans dialectes, sans différences… Selon le Go-fast il est bon de penser ainsi, car on lui fait croire que c’est la définition de l’EGALITE ! Annihiler toutes nos différences, voilà un concept très en vogue en politique. « Sinon gare à vous, ça sera le chaos !!! » Manipulations… qui visent une fois de plus à répandre cet archétype du consommateur standardisé, uniformisé, et donc universalisé. Enfant, il jouait aux Légos comme tout le monde (garçon ou fille c’est kif kif…), il se restaurait chez Ronald comme tout le monde, il jouait à la Nintendo comme tout le monde. Puis il grandira et ira au KFC comme tout le monde, il achètera ses fringues chez H&M comme tout le monde… Aujourd’hui, il roule en Audi comme tout le monde, il achète un Samsung Galaxy comme tout le monde, il mange des Mars et des Snickers comme tout le monde , il écoute les dix mêmes chansons qui tournent en boucle sur les radios de mainstream, comme tout le monde, il exige la réalisation de ses rêves en passant ses journées au travail, au shopping ou sur des écrans, comme tout le monde…

A Bratislava, je le vois partout qui traîne sa connerie : à chercher le Mc Do du coin, à faire le circuit de visite historique officiel, à marchander des objets souvenirs bidons made in China, à s’acheter des fringues au New-Yorker, à dîner au cœur de la vieille ville dans un restau pour touristes où le menu est traduit en 27 langues et les plats en photo sur la devanture, à s’encanailler à l’Irish Pub à coups de tournées de Guiness en compagnie des touristes anglais, et terminer sa folle soirée dans une maxi Disco qui diffuse Tiesto, Ghetta and Co à gogo. A deux cents mètres de là, dans une impasse sombre et poussiéreuse, il y a un boui-boui plein de mouches, de chiens, et de barbus chelous. Une vieille mamie fait sa popote dans une cuisine domestique en dehors de toutes les normes élémentaires d’hygiène et de sécurité. Pourtant, on s’y régale d’un kilo de schnitzels et de patates sautées au beurre, aux oignons rouges rissolés, à l’ail et au persil. Avec un litre de bière artisanale on s’en tire pour 6 euros à peine (sans exagération). Mais aucun touriste dans ce boui-boui, les gens recommandables ne s’aventurent pas dans ces « taudis insalubres ». Que du travailleur local, la carte n’est même pas traduite en anglais… Pourquoi faire ?
Quand j’étais gamin, j’allais dans les supérettes slovaques et je salivais devant des dizaines de barres de chocolat aux formes, goûts et emballages étranges. Je me souviens même que la ville de Bratislava avait une odeur différente, certainement un mélange d’échappements de voitures différentes, d’usines différentes, de cuisines différentes, de parfums de filles différents, d’épices différents, de tabacs différents, etc… Maintenant c’est fini : Ronald, KFC, Jennyfer, H’M, Mars, Snickers, Ghetta, berlines allemandes, Samsung et le reste… Tout est devenu pareil qu’en France ou ailleurs. La ville n’a plus d’odeur (en tout cas c’est la même qu’ici, puisque je ne la sens plus…). Les magasins sont les mêmes, les produits sont les mêmes, les usines sont les mêmes, les gens et les comportements tendent à devenir les mêmes…
On vous fait croire, à grands coups de propagande moralisatrice, que l’égalité c’est la similarité. L’assimilation ! Le métissage de toutes les différences. L’uniformisation. Or cela me rappelle le fondement de toutes les doctrines totalitaires et fascistes. Le sur-homme, l’über-consommateur Go-Fast qui se croit plus malin que les autres, qui croit être doté de super-pouvoirs, qui est persuadé d’avancer plus vite que le mur du son tout en faisant du surplace dans son fauteuil.

Et quand le Go-Fast revient à la raison, à cette réalité organique et matérialisée, à la Nature de ce monde, c’est le désenchantement. Tout y est lent, pénible et laborieux. Trouver un travail ? 13 mois en moyenne selon les statistiques officielles (à doubler selon les sources officieuses…). Trouver l’âme sœur ? 0,00034% de chance selon l’équation de Backus (étude scientifique sérieuse), soit seulement 100 fois plus de chances que d’entendre des fréquences extra-terrestre sur son poste de radio FM (équation de Drake : 0,000003%, autre étude scientifique très sérieuse). Devenir svelte et musclé tel un nageur professionnel : toute une vie de sport acharné et de privations alimentaires, et sans la moindre garantie d’avoir des tablettes de chocolat à l’arrivée. Publier ? Selon l’équation de Richard Palascak Himself : 10 années de lecture, 6 mois d’écriture, une semaine d’envoi postal et au final, 1 manuscrit publié sur 6000 (statistiques officielles). Vous publiez en trois clics sur facebook, mais sachez que cela se passe tout autrement dans la vraie vie. Le plus gros travail des maisons d’Edition consiste à refuser des manuscrits. Votre texte passera d’abord entre les mains d’un stagiaire qui lira les trois premières pages. Si le livre lui plaît beaucoup, il le passera à un membre du comité de lecture. Si le livre lui plaît beaucoup, ce membre le donnera aux autres membres du comité de lecture. Si le livre leur plaît beaucoup, à l’unanimité, il le donneront à l’éditeur. Si le livre lui plaît beaucoup, l’éditeur le sélectionnera comme « option » de publication. Enfin, si votre livre est classé parmi les meilleures options, c’est à dire parmi les 10 publications qu’il peut se permettre de financier pour la saison (le chiffre 10 est un exemple…), là, vous serez publié.
La vie non-virtuelle est décevante et frustrante. Les temps sont durs et incitent à la sinistrose, au découragement, à l’abandon des rêves et des ambitions, à l’errance d’un point à un autre dans l’attente d’un miracle, au surplace, à l’immobilisme, au pessimisme, à la déception de tout et de tous. On est déçus par nos niveaux de vie, on est déçus par les politiques, on est déçus par notre corps, on est déçus par le nombre et la loyauté de nos vrais amis (environ 2,5 quand vous êtes dans la merde…), etc… La vie est compliquée, rébarbative, lente, contraignante, toujours en dessous de l’idéal du « Tout, Tout de suite, Au moindre coût ». Tout y est « Trop peu », « Trop lent », « Trop cher payé »…
Alors que fait le Go-Fast lorsqu’il se trouve confronté à cette réalité si décevante ? Il s’épouvante et court se réfugier dans la réalité des écrans, de la fable numérique, du « Go-Fast » Universe : la No Life Sphere.

Ce qui est dit n’est plus à dire
Votre serviteur
Richard Palascak Himself

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