« GO-FAST GENERATION » Partie II By The Rich Himself

Les Chroniques de Facebook : 10 octobre 16 

La révolution numérique a fait de nous des « Go-Fast ». Pour rappel, j’ai affirmé que la principale caractéristique du « Go-Fast » résidait dans le dogme du « tout, tout de suite, au moindre coût » (voir chronique précédente : « Go-Fast Generation » partie I). Or la consommation immédiate n’est envisageable que dans le cadre d’une réalité virtuelle. Cette dimension de la réalité est la seule qui soit capable d’assouvir nos désirs instantanément. Elle va même plus loin, puisqu’elle parvient à devancer nos caprices, aussi soudains et spontanés qu’ils puissent paraître. En clair, elle court plus vite que le temps. Par conséquent, la réalité virtuelle permet au Go-Fast de dépasser la vitesse de la lumière.
Afin de concevoir ce nouvel archétype humain, il est essentiel de se représenter une autre vision du monde et de la réalité. On a trop tendance à croire que la réalité virtuelle est illusoire, et que la réalité organique est un fait établi. Pourtant, la science moderne a démontré le contraire. Récemment, les lois de la physique générale ont été balayées par les recherches et les avancées de la physique quantique. Selon cette dernière, toute réalité relèverait d’un point de vue relatif et subjectif. Pour vous donner un exemple simple issu de la seule dimension organique, un lombric ne perçoit pas la même réalité qu’un être humain. Cette évidence saute aux yeux. La réalité reste assujettie à nos sensations et perceptions. Notre mort implique la mort de l’univers où nous vivons. De ce fait, nous pouvons comptabiliser autant de réalités que d’êtres vivants. Mais à la vérité, il en existe bien plus.
Nos sensations et perceptions peuvent nous faire accéder à de nombreuses réalités : la réalité « organique » (c’est le nom que je donne à LA réalité, que l’on qualifie à tort « d’extérieur » ), la réalité onirique (celle des rêves), la réalité virtuelle (celle du numérique), ou encore la réalité hallucinée (celle d’un schyzophrène ou d’un consommateur de LSD par exemple…). Pour comprendre le « Go-Fast », il est essentiel de comprendre qu’aucune de ces réalités ne l’emporte sur l’autre. Tout dépend de l’intensité de croyance que vous y investissez. Dans le cas d’un Gamer de MMORPG qui passe 12 heures par jour connecté à World of Warcraft, la réalité virtuelle « existe » bien plus que la réalité organique. (MMORPG = « Massively Multiplayer Online Role-Playing Game » ; traduction : jeu de rôle en ligne massivement multi-joueur ),

Après cette introduction bien chiante mais utile, je peux enfin raccrocher les wagons et revenir au fil conducteur de mes chroniques : facebook. Ma question est : que peut obtenir un « Go-Fast » dans la réalité magique de ce fabuleux réseau social ?
1) Des informations. Des tonnes d’informations, émanant de sources dont la variété n’a d’égale que la fluctuation de leurs degrés de fiabilité.
2) Des émotions. Sur facebook, le « Go-Fast » exprime ses sentiments et comble ses manques affectifs. Il manifeste et ressent du plaisir, (« like »), de l’amour (« j’adore »), de la joie (« Haha! »), de la stupéfaction (« Wouah »), de la tristesse/compassion (« Triste »), et de la colère (« Grrr »).
3) Des « amis ». Sur facebook, le « Go-Fast » en trouve à la pelle en quelques clics de souris. Clic ! Il « ajoute » un ami. Clic ! Il accepte une « invitation ».
4) Des « publications ». Sur facebook, le « Go-Fast » publie à tout-va : images, textes, vidéos ou mélanges des trois. Il va jusqu’à croire qu’il est à l’auteur des publications qu’il « partage ». Le coût ? Recevoir des pubs ou passer à la caisse afin de « booster » ses publications.
5) De la communication : « partages », « commentaires », avis (« likes », etc…), « Messagerie Privée », etc… Le Go-Fast est plus que jamais connecté à ses amis.
6) Du divertissement. Sur facebook, les plus grands talents de ce monde (et les pires…) s’invitent à la table du « Go-Fast ». Le plus souvent, il ne les a même pas invités…

   Maintenant, si l’on prend du recul, on constate que la loi du « tout, tout de suite, au moindre coût » règne un peu partout sur le net, et que son empire envahit toutes les contrées de la réalité virtuelle :
7) Le sexe. Le Go-Fast assouvit promptement tous ses fantasmes sexuels les plus extravagants sur les sites de porno-streaming.
6) La Finance. Le Go-Fast peut effectuer toutes les transactions monétaires qu’il souhaite, en quelques clics, sans bouger de son fauteuil. Autres avantages : pas de taxes, pas de modération, « pas de foi pas de loi »: banks online, bitcoins, paris sportifs et poker en ligne, exils fiscaux, placements en bourse, astuces financières bidon émanant de pop-up et de spams philanthropiques… Le « Go-Fast » veut prospérer vite.
7) Le vol et l’escroquerie. Le « Go-Fast » exige « tout, tout de suite, au moindre coût », légalement ou non. Grâce au net, il peut télécharger gratuitement sans le moindre scrupule, faire du peer-to-peer, commander des produits illicites, pirater les contenus de sites payants, se connecter à la wifi de son voisin, voler des données sensibles à tous les internautes de la planète, et basculer dans le darkweb… Sachez que pour 500 euros à peine, sur le darkweb, n’importe quel abruti peut devenir un Script-Kiddie (informaticien néophyte qui utilise des outils crées par les hackers ou les crackers) et se doter d’un pack complet de virus, vers, spywares, browser hijackers, troyens, bombes logiques, hoax, spams, mailbombs et autres outils de phishing, sans la moindre qualification informatique. Soyez certains qu’il décuplera sa mise de départ en deux coups de cuillère à pot… Quant à votre anti-virus, Ha ! Laissez-moi rire… Il ne détecte que les virus qu’il reconnaît grâce à ses propres mises à jour. Or 74000 nouveaux virus sont libérés chaque jour sur le net ( moyenne issue de statistiques officielles). Donc n’en espérez pas tant de lui, le pauvre…
8) L’amour. Le « Go-Fast » le déniche en moins de dix minutes… Le temps de remplir une page de profil sur un site de rencontres, de livrer ses coordonnées bancaires et le tour est joué. Il peut même se faire livrer son âme sœur d’Europe de l’Est, d’Afrique, d’Asie ou d’ailleurs.
9) Un corps de rêve. Le Go-Fast est adepte des méthodes miracles trouvées sur le net. En à peine cinq minutes de recherche, je suis moi-même tombé sur la pub d’un produit parfaitement légal, qui promettait (accrochez-vous !) de vous faire « perdre toute votre graisse » et de « prendre 8 kilos de muscles » en 5 semaines à peine, « sans changer votre mode de vie ». Je ne révélerai pas le nom de la marque, mais retenez juste que le corps humain a mis 7 millions d’années pour se transformer et s’adapter au mode de vie que nous connaissons…
10) Etc, etc…

Certes, vous vous dites que ce mode de consommation immédiat est dématérialisé, donc qu’il ne franchit que très rarement les frontières de la réalité virtuelle. Il propose néanmoins une alternative à la vie organique, une voix de substitution avantageuse à bien des égards. Comme tous les « Go-Fast » de mon espèce, j’adopte la majorité des comportements que je viens de décrire. Je suis comme vous. Nous sommes tous pareils et ce n’est pas un hasard. Nous partageons les mêmes contenus, nous nous forgeons peu à peu le même caractère, nous embrasserons bientôt la même psychologie. Ne vous leurrez pas, qu’ils soient légaux ou non, les comportements du « Go-Fast » tendent à l’uniformisation universelle des consciences. Ainsi, le besoin de consommation devient le même pour tous, il est par conséquent prévisible et l’offre commerciale peut anticiper la demande sans se tromper, car elle ne s’adresse plus qu’à un seul type de consommateur universalisé.
Grâce à la révolution numérique, le Grand Marché Mondial peut créer la demande et la modeler à sa guise. Par exemple, si Apple ne sortait pas un nouvel I-Phone 78, il ne vous viendrait jamais à l’idée de vouloir l’acheter. C’est cela que je nomme « l’Inconscient Mondialisé ». Un système de pensée paradoxal, qui vous conforte dans l’idée d’être indispensable et unique, tout en modelant votre inconscient dans un moule commun : celui de l’Être Humain Standardisé, le consommateur idéal, vif et universalisé, le fameux « Go-Fast ».

Pour finir, l’Inconscient Mondialisé nous persuade d’être plus libres que jamais. Chimères… Nous, les « Go-Fast », nous sentons libérés de toutes les contraintes corporelles, physiques et naturelles. Chimères… Nous sommes persuadés d’être les maîtres de nos propres choix lorsque nous surfons sur le net, et sommes à peu près certains d’arriver là où nous souhaitions nous rendre. Chimères… Nous estimons exercer notre libre arbitre lorsque nous nous informons, nous émouvons, nous exprimons, nous divertissons, fraternisons, « publions », ou « partageons ». Chimères…
La vérité, c’est que la pratique intensive du « tout, tout de suite, au moindre coût » enracine dans nos consciences des réflexes comportementaux qui nous rendent esclaves de la consommation immédiate. Cet asservissement de la pensée ne manquera pas, lui, de franchir la frontière de la réalité virtuelle et de se déployer avec frénésie dans la société matérialisée. Un esclave qui se croit libre n’est-il pas un esclave idéal ? Non seulement il est volontaire, mais en plus il en redemande.

La troisième partie de cet article intitulé « Go-Fast Generation » sera consacrée aux conséquences sociétales engendrées par l’apparition de ce nouvel archétype humain : le « Go-Fast ».

Ce qui est dit n’est plus à dire.
Votre serviteur
Richard Palascak Himself

 

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