« Protéines Révolution » chronique by The Rich Himself

    J’ai commencé la musculation et le cardio il y a vingt ans environ et n’ai jamais arrêté depuis. Je fréquente une salle de sport au tip-top de la modernité, qui enregistre des milliers d’adhérents et se propage un peu partout en Haute-Saône avec sa propre franchise. Mais avant ce succès éclatant, de nombreux patrons s’y sont cassés les dents. Autrement dit : autant de faillites que de reprises… Alors d’où vient cette soudaine réussite ? Du formidable management des nouveaux propriétaires ? Certainement, mais pas que…
J’ai pu observer dans le temps l’incroyable évolution du fitness dans les mentalités, les mœurs et surtout dans l’inconscient mondialisé. Il y a vingt ans en France, les salles de sport étaient vétustes et peu fréquentées, le matériel était obsolète (déjà à l’époque), et les compliments alimentaires inexistants et suspicieux. Quand on sortait un shake de protéines, tout le monde pensait que l’on se dopait. Quand on avouait (très timidement) pratiquer la musculation, on était immédiatement catalogué comme un abruti sexuellement peu gâté par Mère Nature. En gros, on compensait notre petit cerveau et notre petit attribut reproducteur par de la « gonflette ». Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai pu entendre ce mot affreux, témoignant de l’ignorance et du mépris le plus total des gens qui le prononçaient. « Il est musclé mais c’est que de la gonflette ! ». Ces personnes croyaient que les muscles étaient des chambres à air que l’on gonflait par des séries de contraction interminables. « Ah, il s’entraîne huit heures par jour, c’est normal ! »

Que de mensonges et d’absurdités, proférées par des imbéciles heureux de critiquer un domaine dans lequel ils ne connaissaient rien. Puis il y avait les nouveaux inscrits à la salle, en particulier les filles, qui s’inquiétaient : « Pas trop de muscu, je ne veux pas ressembles à Arnold Schwarzenegger ! » Avez-vous déjà vu quelqu’un s’inscrire à l’athlétisme et aller voir le coach pour lui dire : « Pas trop de running, je ne veux pas courir aussi vite qu’Usein Bolt ! » Croyez-moi, si c’était si facile, nous serions entourés de milliers de Schwarzy et d’Elle Macpherson…
Depuis ces temps obscurantistes, le vent a tourné : aujourd’hui la mode est au fitness ! Avez-vous remarqué que les mannequins hommes sont de plus en plus musclés, que les filles dans les clips sont de plus en plus galbées et « curvy », que les sports de renforcement musculaire et de perte de poids sont de plus en plus nombreux et populaires : le crossfit, le bodycombat, le trail, le running, la musculation, le stretching, la zumba, le CAF, le TRX, le powerbike, le circuit-training, le personnal training, l’aqua-cycling, etc… Et les filles sont en première ligne. Viennent ensuite les retraités, les sport-addict, les jeunes parents, les personnes en surpoids, les non-sportifs, les blasés de la crise et de la sinistrose, les enfants et les ados, ou encore les membres des associations sportives locales. Tout le monde est visé. Tout le monde est concerné par ce Marché.
Il ne faut pas se leurrer, tous les loisirs « fit » sont inextricablement liés à un business florissant : compléments alimentaires, tenues de sport et baskets, applications mobiles, bracelets connectées, etc… Les fameuses « protéines » que je ramenais clandestinement des États Unis lorsque j’avais vingt ans, s’offrent des pubs, des partenariats et des sponsoring sur tous les médias : les réseaux sociaux, les supermarchés ou les magasins de sport, et même à la télévision ! J’ai halluciné hier soir de constater que l’émission « Sept à Huit » était sponsorisée par Scitec-Nutrition !!! Des prots sur la Une, et en access-prime ! Et je repense à des amis qui me déclaraient à l’époque : « j’aimerais bien prendre des protéines mais j’ai un peu peur, en plus ma femme ne veut pas, elle s’inquiète pour moi… » Ha ! Les protéines déshydratées extraites de lait, de petit lait, de blancs d’œufs ou de soja mélangées à toutes les saloperies habituelles (colorants, conservateurs, édulcorants, arômes, etc) ne font plus peur à personne ! Et pour ce qui est « des saloperies habituelles », rassurez-vous, il n’y en a pas plus que dans le cola zéro. Aujourd’hui, monsieur et madame tout le monde ne se cachent plus de consommer ces fameuses protéines. On en fabrique pour tous les goûts, pour tous les sexes, et pour tous les objectifs (sèche, prise de masse, récupération musculaire…). Je suis content de voir qu’une partie de la vérité ait été rétablie.
Mais une fois de plus, la mondialisation diffuse un modèle de société très critiquable, dont j’ai été le témoin en Amérique il y a déjà bien longtemps. Il y aura bientôt deux types d’humains en France : les obèses (de plus en plus obèses) et les sportifs (de plus en plus sportifs). L’industrie du fitness a bien compris que ces deux extrêmes se rueront de la même façon sur leurs produits, pour des raisons différentes, mais pour des objectifs communs : l’Humain fantasmé, unique et « healthy ». L’Humain Alpha.
Sordide miroir aux alouettes ! Beaudelaire disait : « l’art est long et le temps est court. » Au bout de deux ans d’entraînement épuisant et de nutrition privative et sacrificielle, les sportifs en herbe se rendent compte qu’ils sont très loin de ressembler à Hugh Jackman ou à Scarlette Johansson. Comment réagissent-ils alors ? Deux options pour ces personnes élevées au caprice et à l’impatience : abandonner, ou plonger dans les anabolisants. Dans les deux cas de figure : une catastrophe.
     Il faut par conséquent vous faire à l’idée que la « modélisation » de votre propre corps est quelque chose de très subjectif, qu’il y a des gens énormes qui se trouvent chétifs et des gens chétifs qui se trouvent énormes. Les sportifs du « fit » ne sont jamais satisfaits et courent toujours après un idéal impossible, car irréel. Alors ils se disent qu’avec une nouvelle application, une autre poudre de perlimpinpin, une autre montre connectée ou je ne sais quel autre gadget innovant, ils se rapprocheront un peu plus de leur idéal monstrueux. La seule vérité est la suivante : faites du « fit » pour vous sentir mieux dans votre corps, pour vous acceptez tels que vous êtes, pour vous exposer au regard des autres et gagner en confiance, pour améliorer votre condition physique et votre image sans avoir d’idéal à atteindre, enfin et surtout : POUR VOUS FAIRE PLAISIR ! Et n’écoutez pas les autres quand ils vous disent que vous êtes trop ceci ou trop cela, car vous devez apprendre avant tout à vous aimer vous-mêmes. Ce seul sentiment suffira à vous faire aimer des autres et à les aimer plus facilement en retour.

Votre serviteur,
Richard Palascak

2 réflexions sur “« Protéines Révolution » chronique by The Rich Himself

  1. Je me demande même si plus on est proche de l’objectif, plus on aurait pas l’impression du gouffre immense qui nous en sépare. En tout cas des fois.

    P.S. : il restera toujours les résistant ni sportif ni obèse, juste drug sex and rock’n’roll plutôt que crossfit vegan food and electrotraining-motivation-tracklist

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